Cet article est une réponse au Professeur Lelièvre qui nous a adressé une demande d’avis pour écrire une tribune en parlant de l’autisme, souvent cité en repoussoir du débat sur les vaccins.
Établir un lien entre autisme et vaccins c’est déjà en soit assimiler l’autisme à un repoussoir.
« Devenir autiste » c’est implicitement dresser un portrait misérabiliste et alarmiste des TSA (dès lors réduits à une série de tares sociales et de dysfonctions cognitives) c’est aussi promettre aux parents qu’ils leur suffiraient de refuser toutes formes de vaccination pour s’épargner le « fardeau » d’avoir un enfant handicapé.
En outre, il convient aussi d’adresser la violence symbolique que constitue le fait pour certains parents de laisser délibérément leurs enfants à la merci de la moindre infection… avouant à demi-mots qu’ils préféraient voir leur enfant malade (voir mort) plutôt que de potentiellement devenir autiste.
Et même quand l’autisme est « déjà là », toute une panoplie de solutions censés atténuer l’expression des symptômes se présentent aux parents: méthodes de conditionnement dérivé des thérapies de conversation (A.B.A, 3I) ou solutions médicamenteuses allant du Burinex (un diurétiques) aux expérimentations potentiellement dangereuse via Chélation (porté par le militant anti vaccin et conspirationniste Andrew Wakefield)
Au final la défiance vaccinale s’inscrit dans une entreprise plus ou moins consciente « d’éradication douce de l’autisme » s’appuyant autant sur une série de témoignages larmoyants de parents très (trop) médiatisés (en tête desquels figure Églantine Éméyé et samuel de bihan) que sur l’ensemble des représentations majoritairement stigmatisantes du handicap traversant notre société.
Un climat d’oppression désigné habituellement sous le terme de « validisme » et dans lequel les personnes handicapées sont priées de s’effacer au profit du parent, de l’expert ou de l’institution, seul capable de pourvoir à son bien-être et de s’exprimer en son nom (même si la bienveillance de ces discours masquent à peine la terreur sous-jacente de ces porte-parole à l’idée de devenir eux même physiquement dépendant)
En outre, en ciblant délibérément les enfants et en instrumentalisant les angoisses de parentalité des adultes, de nombreuses figures médiatique de l’anti vaccination cherchant à invisibiliser un agenda réactionnaire typique de l’extrême droite (comme c’est le cas lorsque celle-ci problématise l’existence même des adolescent trans)
Au fond l’argument autour de l’augmentation de la prévalence d’autistes dans la population n’est qu’un prétexte. Après avoir ignoblement instrumentalisé l’Épidémie du sida dans les années 80, brandit l’électrosensibilité, les perturbateurs endocriniens et l’intoxication aux métaux lourds, c’est dorénavant l’explosion de cas d’autismes qui vient questionner « une hyper mondialisation » en roue libre résolue à empoisonner le vivant via des politiques vaccinales troubles.
Evidemment il y aurait beaucoup à dire au sujet de la dégradation de la qualité de nos aliments, la destruction méthodique de l’hôpital publique, la dépendance au labo pharmaceutique, ou même le cynisme de l’état durant la crise Covid
Néanmoins il demeure que pour ces extrêmes droites cette critique cristallise autant un rejet de la modernité, du progressisme que de certaines formes d’autorités. Finalement, l’expertise médicale, les études statistiques voire la science elle-même s’opposerait à un bon sens populaire inné et enraciné représentatif d’un ordre naturel et social supposé.
Car ce contre quoi se dresse Le mouvement anti vaccination ce n’est pas tant l’Industrie pharmaceutique mais toutes les figures d’autorité jugé « corrompues » qu’elle y associe. Une façon pour celui-ci de tracer une ligne de démarcation entre interlocuteurs fiables et non fiables comme ce fut le cas lors de la crise Covid ou certains de ses plus fervents représentants se sont mis en scène en train de s’administrer des médicaments « hors cadre » (comme l’Ivermectine ou la Chloroquine) car vantés par des figures dites « alternatives » comme Didier raoult ou Joe rogan.
C’est pourquoi la perspective d’un débat public éclairé nous paraît hautement improbable puisque les politiques sanitaires sont vu par les opposants à la vaccination comme une humiliation de plus de la part d’un état et d’élites qui leurs sont devenues totalement étrangères (au double sens du terme).
La défiance vaccinale s’inscrit donc dans une forme d’opposition réactionnaire aux politiques actuels, doublé d’un abandon de toute perspective collective… au même titre que les débat sur les limitations de vitesse, à aucun moment il n’est question de prévention ni même de santé publique (au fond ce qui est en jeu c’est un fantasme identitaire de liberté et d’autonomie corporelle absolue)
Ainsi derrière les prises de paroles de Robert Francis Kennedy Jr autour du tylenol, et sa rhétorique bien rodé à l’égard des médecines naturelles alternatives et des régimes crudivores, se joue l’opportunité pour son camp politique de redessiner les normes médicales et par extension morales en détruisant les conditions d’existences des personnes malades (et notamment racisés)
Et pour cause en brandissant ad-nauseam le concept hygiéniste du « sain » et de « la discipline » c’est précisément la légitimité des personnes handicapés qui se retrouve elle-même questionné par ce nouvel ordre médical appelé de ses vœux par L’administration fasciste Trump (Make America Healthy Again). Quelles perspectives pour ces malades chroniques, Incurables dépendant de la chimie moderne… voir intoxiqués par la prise d’antidouleur au point de donner supposément naissance à des enfants autistes… sont t-il toujours des citoyens capables d’intégrer cette fameuse « communauté de la santé » ?
Bref dit plus grossièrement il n’est ni question de médicaments, ni de régimes alimentaires, ni de vaccins mais bien d’eugénisme d’état. Suggérer qu’une politique sanitaire « autre » (moins miséricordieuse, pour ne pas dire plus proactive…) pourrait diminuer le nombre d’enfants handicapés c’est acter que leur vie n’est pas souhaitable, donc dispensable.
C’est surtout se résoudre cyniquement à abandonner toute perspective d’amélioration des conditions de vie des personnes handicapés existantes tout en leur promettant qu’en épargnant le droit de naître à d’autres handicapés, la société leur épargne surtout le fait de connaître le même destin: celui d’être livré corps et âmes au dégout et à l’hostilité des valides !
