La stratégie accessibilité et handicap de Paris renforce le validisme
“– Penser des dispositifs spécifiques pour les Asperger et autistes de haut niveau.
– Poursuivre la création de places de Maison d’Accueil Spécialisée / Foyer d’Accueil Médicalisé (FAM) pour les cas complexes.”
On pourrait s’arrêter là . La stratégie hiérarchise les capacités grâce aux étiquettes de fonctionnement (« haut niveau / bas niveau »). L’offre médico-sociale est construite à partir de l’évaluation du niveau de capacité, justifiant des droits différenciés. Cela s’oppose au droit à l’autodétermination de tous et toutes.
Paris prétend avoir une stratégie handicap et accessibilité universelle depuis 2014.
Mais dans les faits :
• elle n’applique pas l’article 5 sur la non-discrimination de la Convention de l’ONU.
• elle ignore les associations auto-représentées.
• elle entretient le conflit d’intérêt des associations gestionnaires d’établissements.
• Contre les recommandations, Paris enferme les autistes dans les institutions spécialisées.
• Elle reproduit un discours validiste sur les neurodivergences.
• elle privilégie l’éducation ségréguée pour l’autisme.
Le handicap est une question d’égalité et de discrimination
L’article 5 de la Convention de l’ONU (égalité et non-discrimination) ne figure pas dans la stratégie du handicap, contrairement à d’autres dispositions que nous soutenons. L’article 225-1 du droit pénal français reconnaît déjà les discriminations fondées sur le handicap. Or, l’article 5 élargit cette notion en incluant le fait de discriminer les personnes en situation de handicap en fonction de leur niveau de capacité, ce qui peut restreindre leur autonomie et leurs opportunités. Cela signifie que les politiques reposant principalement sur une offre médico-sociale peuvent être considérées comme discriminatoires.
Le problème avec les associations gestionnaires.
La politique municipale préfère échanger avec des associations qui sont simultanément fournisseurs de soins, bénéficiaires de subventions territoriales et interlocuteurs privilégiés, ce qui constitue un clair conflit d’intérêts, comme dénoncé à maintes reprises par l’ONU en janvier 2019 et octobre 2021. Les politiques culturelles et la formation sont impactées, à chaque événement sur le handicap ce sont les associations gestionnaires qui sont consultées.
Le handicap n’est pas que physique
L’accessibilité universelle ne concerne en réalité que l’accessibilité physique et 100% des infrastructures ne sont même pas réellement accessibles.
– Le handicap n’est pas que physique, il peut être psychique, cognitif etc.
– Les personnes handicapées subissent des discriminations et des violences institutionnelles, comme le contrôle, la privation de liberté etc…
– Le libre arbitre des personnes handicapées est bafoué par le pouvoir médical (la psychiatrie et par le médico-social).
Une vision médicale du handicap
La vision du handicap de la municipalité renforce le validisme et la médicalisation du handicap, c’est-à dire que le handicap ne semble pas vu comme une question de droit à l’autonomie. Cette vision est aussi opportuniste en ayant favorisé l’accessibilité physique uniquement pour les jeux Olympiques de 2024.
La stratégie utilise des termes validistes, comme « prévenir » ou « réduire » les handicaps, ce qui ne respecte pas non plus l’esprit de la convention de l’ONU appelant à en finir avec une conception déficitaire et médicale du handicap.
Une stratégie renforçant l’institutionnalisation
“Élargir la palette de solutions médico-sociales et de droit commun pour donner plus de choix aux personnes en situation de handicap et à leurs familles.”
L’institutionnalisation est définie par des activités et des routines imposées dans un cadre contraint en plus d’une restriction des libertés.Sur les deux mandatures, des services médico-sociaux ségrégués ont été ouverts à deux tiers contre un tiers de services à domicile, ces derniers ne correspondent pas non plus à un idéal de vie autonome, en violation de l’article 19 de la CDPH revendiquée.
L’habitat inclusif, peut mieux faire
La municipalité véhicule les idées reçues sur la vie autonome. . La vie autonome ne se réduit justement pas à vivre seul à domicile ; elle consiste à pouvoir choisir son lieu de vie et son accompagnement, avec un soutien adapté à ses besoins si nécessaire.
l’« aide à la vie partagée » impose par définition une mutualisation des aides, ce qui limite l’autonomie réelle et peut reproduire des logiques d’institutionnalisation, avec des activités et des limitations de liberté. Même dans un cadre collectif, les personnes doivent pouvoir choisir librement l’organisation et l’usage de leur soutien.
la PCH non attribuée aux autistes, TND et handicaps psys
“La Prestation de Compensation du Handicap (PCH) est destinée aux personnes ayant des difficultés graves ou absolues dans la réalisation des actes de la vie courante[…]
La qualification de droit universel est compromise lorsque l’accès est limité aux seules difficultés dites « graves ». Or, la PCH a été élargie en 2022 pour inclure des critères prenant en compte les difficultés rencontrées par les personnes neurodivergentes. La MDPH 75 nous le refuse.
Une vision déficitaire et validiste du handicap
“Lequel le développement de l’offre s’avère nécessaire. Il s’agit de l’autisme, du polyhandicap et du handicap psychique. Cette offre devra être construite avec l’ARS, compte tenu des enjeux de prise en charge médicale nécessaire pour ces types de handicaps.
La stratégie municipale crée une discrimination en affirmant que certaines situations nécessitent « une prise en charge médicale ». Par définition, lorsqu’un type de soutien est imposé, il ne peut y avoir autodétermination, autonomie ni accessibilité universelle.
Un soutien à l’éducation ségréguée intolérable:
Le soutien aux dispositifs spécialisés (UEEA, UEEM, ULIS) ne correspond pas aux standards de l’éducation inclusive tels que définis par la CDPH (article 24).
Contrairement aux idées reçues, les recherches scientifiques montrent que la scolarisation en milieu ségrégué accroît les risques de stigmatisation, de violence et de harcèlement, et limite les opportunités d’apprentissage social.
À long terme, les parcours de scolarisation ségrégués favorisent l’orientation vers des filières parallèles et limitent l’inclusion sociale et professionnelle à l’âge adulte. Plus une personne handie peut étudier en classe ordinaire, plus c’est bénéfique pour elle, à capacité égale.
Un nouveau mandat au service des premier-e-s concerné-e-s
CLE Autistes a posé trois priorités pour les municipales : formation anti validiste , désinstitutionnalisation, soutien à l’auto représentation.
La majorité sortante n’a pas répondu à nos sollicitations. Nous appelons Emmanuel Grégoire à revoir sa copie pour ce nouveau mandat .
Même pour LFI : la nécessité des établissements a la vie dure et alors même que les associations gestionnaires produisent du validisme et les violences qui vont avec. Mais, il n’est jamais agréable de se faire dire qu’on est complice de l’exclusion d’une partie de la population.
Rien pour nous sans nous!
