Non, Mme Compagnon, l’autisme n’est pas une maladie qui fait souffrir !

Jeudi 12 décembre 2019, l’émission Complément d’enquête, sur France 2, a consacré un reportage aux «traitements alternatifs » de l’autisme, à propos de parents « prêts à tout » pour « soigner » leurs enfants. La déléguée interministérielle en charge de la stratégie nationale Autisme, Mme Claire Compagnon, était interrogée à l’issue du reportage. 

Description de l’image : montage de la déléguée Interministérielle de l’autisme Claire Compagnon dans Complément d’Enquête « L’autisme quand la médecine n’a pas de réponse ». Claire compagnon répond à la question « La chélation qu’est- ce vous en pensez? » -« Je comprends ce père[…] sa fille souffre […] pas de travaux positifs sur ce type de techniques. Commentaire : Un enfant est mort des suites d’une chélation, honte à vous!

Le programme, diffusé en seconde partie de soirée, montrait différents profils de personnes, dont une mère, elle-même autiste, en Irlande, qui a courageusement dédié sa vie à lutter contre l’arnaque MMS (Miracle Mineral Solution), condamnant sans réserve les personnes choisissant d’administrer ce type de produit (assimilable à de l’eau de javel) à leurs enfants autistes.

Nous suivions également une adolescente de 16 ans, présentée comme « autiste sévère ». Souvent sollicitée durant les scènes filmées (touchée, embrassée sans consentement), elle prend son repas sous la surveillance omniprésente et oppressante de deux adultes, avant de faire seule sa vaisselle. Un acte du quotidien, preuve de ses capacités d’apprentissage vers plus d’autonomie, mais que ses parents estiment encore « trop brusque ». Comment apprendre à maîtriser sa propre motricité, à développer des réflexes, quand on est entravé.e dans son autonomie et son indépendance, par la mise en avant de ses points faibles ?

Cette adolescente a beaucoup stimmé après sa séance de chélation, indice d’une accumulation sensorielle. Le stim a été présenté comme un « mauvais comportement », alors qu’il s’agit d’un réflexe de surcharge, et qu’il faudrait la rassurer ou la laisser faire, plutôt que de la culpabiliser, si elle ne court aucun danger.

Mme Claire Compagnon, déléguée interministérielle à la stratégie autisme, est intervenue après ce reportage. Son discours, honteux, et que nous condamnons sans réserves, a insisté que sur la « lourdeur » du profil de cette adolescente et sur ses automutilations, attribuant la souffrance à sa « forme sévère » d’autisme, et justifiant ainsi les recherches de « traitements curatifs » tous azimuts, tout en fournissant des excuses aux parents maltraitants (qu’ils le soient volontairement, ou malgré eux).

Malgré une interrogation quant au recours à l’intraveineuse, Mme Compagnon n’a condamné ni le recours à la chélation (1), ni le protocole Chronimed, se contentant de réagir (légèrement) aux « traitements » MMS, assimilables à l’absorption pure et simple d’eau de javel. 

La chélation des métaux lourds ne relève pourtant pas d’une approche alimentaire inoffensive, puisqu’elle est responsable d’au moins un mort et de nombreux effets secondaires cités par les parents sur les réseaux sociaux (crampes, symptômes de tétanie, paleur extrême, neutropénie, insuffisance rénale et carences) (2)

Description de l’image : Extrait du reportage justifiant qu’un enfant est mort par chélation dans un journal anglais. « British Boy Dies After chelation therapy for autism ».

Nous, personnes autistes, dénonçons catégoriquement les propos validistes et pathologisantes de Mme Claire Compagnon. Ils sont indignes d’une déléguée interministérielle et incohérents par rapport à la convention relative aux droits de la personne handicapée de l’ONU dont la France est signataire, comme le rappelait il y a quelques jours le secrétariat au Handicap.

 Pour elle, ainsi que nous le soupçonnions à la suite de son interview controversée dans Libération à propos du film Hors Normes, l’autisme est une maladie neuropsychiatrique qui fait souffrir, et qu’il faut chercher à guérir, puis à éradiquer…

Il est injustifiable et inexcusable d’un point de vue déontologique qu’une agente du service public, supposément « à l’écoute » des personnes autistes et de leur famille dans le cadre de ses fonctions de responsable de la stratégie autisme, se permette des prise de positions dangereuses pour la santé des personne autistes à la TV publique.

Au lieu de dire qu’il faudrait pouvoir apporter les adaptations et les aides nécessaires, ainsi qu’un accès aux soins de santé (somatiques ou mentale) adaptés, Claire Compagnon fait croire à une amélioration potentielle par le « traitement curatif » (4), justifiant les expérimentations dangereuses, la recherche de guérison, et à terme l’éradication des personnes autistes.

Claire Compagnon a été informée de la dérive Chronimed depuis des mois, grâce aux dossiers transmis par l’association SOS Autisme France d’Olivia Cattan. Nous souhaitons aujourd’hui qu’elle prenne clairement position sur ce sujet, sans quoi nous pourrons conclure à son approbation silencieuse, au détriment des personnes autistes, parfaits cobayes pour des cocktails d’antibiotiques.

Nous attendons aussi de Mme Compagnon une réaction concernant les auticides (élimination de personnes autistes avant leur naissance parce qu’autistes) en cours à l’hôpital américain de Neuilly , un dossier que nous avons largement  et solidement documenté. 

Notes :

(1) : En plus de la Haute Autorité de Santé, organisme dont Mme Compagnon devrait théoriquement suivre les recommandations, deux autres organismes de référence, la FDA (Food and Drug Administration) américaine et Santé Canada, déconseillent officiellement la chélation sur les personnes autistes  

(2) Merci pour le travail remarquable de Clarisse Vautrin qui a fait une présentation à ce sujet

(3) Sur chronimed, la chélation ou MMS commentaires sur ce qu’on voit dans le reportage : https://debatbiomed.science.blog/2019/12/13/autisme-voyage-vers-linconnu-de-complement-denquete/?fbclid=IwAR1HGDxuOoR2z_Bm9rzg7MAcDisYyRXlxYM_z9Dt1YZMj23I85l0vS40cBM

(4) Il n’y a pas de preuves actuellement que les troubles intestinaux soient dus à l’alimentation (hors des cas d’intolérances alimentaires). En réalité, les troubles intestinaux sont plutot liés au stress chez les personnes neurotypiques et il semble que cela soit aussi le cas de manière plus fréquente chez les personnes autistes souvent anxieuses à cause d’un environnement inadapté : https://www.foodinaction.com/problemes-gastro-intestinaux-dautisme-lalimentation-mise-de-cause/

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décembre 13, 2019

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