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Une Barbie autiste ?

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CLE Autistes salue cette Barbie Autiste , mais il reste encore des progrès à faire . CLE Autistes soutient par nature cette Barbie au vu de nos valeurs et de sa co-construction avec les personnes autistes, il faut toutefois garder un esprit critique. 

Mattel a sorti la semaine dernière une Barbie identifiée comme autiste, en partenariat avec l’ASAN (Autistic Self-Advocacy Network, principale organisation d’auto-représentation autiste aux États-Unis). Aarushi Pratap, designeuse de mode autiste, a été associée au lancement Cette poupée rejoint la collection Barbie Fashionistas, qui propose une gamme très diversifiée de couleurs de peau, de textures de cheveux, de morphologies, ainsi que de handicaps et de conditions médicales.

Les caractéristiques et accessoires de la poupée Barbie autiste comprennent :

  • Visage et corps : la poupée Barbie autiste est dotée d’articulations au niveau des coudes et des poignets, ce qui lui permet d’effectuer des mouvements répétitifs, de battre des mains et d’effectuer d’autres gestes que certains membres de la communauté autiste utilisent pour traiter les informations sensorielles ou exprimer leur excitation.
  • Regard : la poupée est conçue avec un regard légèrement décalé sur le côté, ce qui reflète la manière dont certaines personnes autistes peuvent éviter le contact visuel direct.
  • Accessoires : chaque poupée est livrée avec un fidget spinner rose à clipser au doigt, un casque antibruit et une tablette.
  • Fidget spinner : la poupée tient un fidget spinner rose qui tourne réellement, offrant un exutoire sensoriel pouvant aider à réduire le stress et à améliorer la concentration.
  • Casque audio : un casque audio rose à réduction de bruit repose sur la tête de la poupée. Accessoire utile et tendance, il réduit la surcharge sensorielle en bloquant les bruits de fond.
  • Tablette : une tablette rose affichant des applications de communication augmentative et alternative (CAA) basées sur des symboles sert d’outil pour faciliter la communication au quotidien.
  • Mode adaptée aux sensibilités sensorielles : la poupée porte une robe ample violette à fines rayures, avec des manches courtes et une jupe fluide qui réduit le contact entre le tissu et la peau. Des chaussures violettes complètent la tenue, avec des semelles plates pour favoriser la stabilité et faciliter les mouvements.

Cette Barbie n’est pas blanche et est pensée comme représentant une fille racisée autiste, ce qui, selon l’ASAN, constitue la représentation minoritaire la plus adéquate. Comme c’est une Barbie, ses accessoires sont customisables et il n’y a pas d’obligation de tous les utiliser : ce sont des outils d’autonomie et d’accès à la participation sociale pour de nombreuses personnes autistes. Le but est de normaliser, dans les représentations, ce type d’outils, sans revendiquer une perfection de la représentation.


Une Barbie autiste, c’est le néolibéralisme et le capitalisme 

Oui. Mattel a exclu pendant des décennies les minorités et essaie de rattraper ses ventes avec du « rainbow capitalisme », une utilisation libérale  de la diversité par le capitalisme pour faire du profit et tenter de se refaire une santé économique. On peut y voir du fétichisme marketing, une récupération de nos identités pour faire de l’argent à son profit.

Cependant, Mattel n’est pas une exception dans l’industrie du jouet : l’ensemble des jouets, dans les pays du Nord global, sont fabriqués dans les pays du Sud global, ce qui pose des problèmes de division raciale du capitalisme et d’un mode de vie impérialiste pour les personnes occidentales. Ces jouets peuvent être fabriqués dans de mauvaises conditions sociales et environnementales, produisant de nouveaux handicaps pour les personnes exploitées. Il peut aussi y avoir des difficultés d’accès à ces jouets pour les populations concernées du Sud global. Mattel a des boutiques dans plus de 150 pays, mais les Barbies spécifiques sont souvent uniquement disponibles dans le Nord global.

Ainsi, l’ensemble des personnes adressant ces critiques habitent aussi en Occident et bénéficient de ce mode de vie impérialiste pour l’ensemble des jouets ainsi que pour de nombreux objets du quotidien. La lutte contre le capitalisme ne peut pas se faire au détriment de la lutte contre le validisme en prônant un statu quo sur le fait d’agir sur les représentations ici et maintenant.

Le validisme précède aussi le capitalisme et, sans capitalisme, les personnes devront aussi connaître nos outils d’autonomie et savoir ce qu’est un moyen de communication alternatif. Par ailleurs, les pays non occidentaux ont également besoin de cette représentation, comme le fait remarquer Auti_Anthology, une personne autiste chinoise.


La Barbie autiste a été conçue par les personnes concernées et la représentation ne fait pas tout

Le validisme est aussi une oppression qui touche les imaginaires. Exclure les personnes autistes et handicapées de ces imaginaires, c’est aussi reproduire de la violence. L’article 8 de la Convention de l’ONU demande de favoriser des représentations qui prônent la diversité de nos imaginaires. La solution ne peut pas être le statu quo parce qu’un jouet ne peut pas représenter tout le monde : il faut commencer par quelque chose.

Le propre du validisme est d’invisibiliser les personnes handicapées en leur demandant de s’assimiler à la société ou de disparaître par l’institutionnalisation. Ainsi, vouloir que l’autisme reste invisible, sans identification propre dans l’espace public, alors que c’est une réalité pour de nombreuses personnes autistes, est une violence validiste qui ne fait que reproduire ce rapport de pouvoir.

Si certaines personnes s’y identifient, tant mieux ; pour d’autres, une Barbie classique peut leur convenir. Mais s’opposer par principe à une Barbie conçue par des organisations représentatives n’est pas forcément la meilleure stratégie politique. La représentation ne peut pas suffire, et il ne faut pas tout en attendre : Il faut d’autres représentations Barbie dans leur multiplicité.

Le rôle d’une Barbie spécifique, qui appartient à un monde imaginaire, est de diversifier cet imaginaire en donnant accès à différentes représentations pour l’ensemble des enfants jouant avec ces poupées. En mettant une CAA et la possibilité de stimmer, cette Barbie met en valeur les personnes autistes non oralisantes et ayant des besoins de soutien plus élevés, dont les traits sont les plus stigmatisés, tout en étant racisée. Les personnes autistes racisées ont moins d’accès à la vie autonome, au soin et à ces outils à cause du racisme.

 Il est préférable de commencer par représenter une population plus marginalisée, et on se doit même de la prioriser politiquement. 

Il s’agit d’une identité autiste qui est une culture autiste. On sait que ces objets appartiennent à notre culture et que de nombreux autistes les utilisent. C’est l’identité autiste collective qui compte : vouloir s’y reconnaître individuellement relève d’une posture autocentrée et individualiste. 

D’autres représentations sont possibles, comme Julia, la Muppet autiste qui dépend de quelqu’un pour expliquer ses particularités, mais ici on est plutôt dans le registre de l’éducation et de la sensibilisation, ce qui n’est pas forcément le même objectif qu’une poupée destinée à des enfants.


Un validisme latéral

Il est donc regrettable que des personnes autistes s’opposent à cette Barbie au lieu de suspendre leur jugement, en essayant de se distinguer des outils d’autonomie perçus comme des « stéréotypes ». Pourtant, en disant que l’autisme est invisible et non reconnaissable, ne créent-elles pas de nouveaux stéréotypes vus comme plus désirables pour les neurotypiques ?

Il semble que leur priorité principale est de s’assimiler au système alliste et de vouloir être invisibles, ce qui correspond exactement aux critères validistes. L’ensemble des réactions validistes de dénigrement ou d’injonction à  invisibiliser l’autisme montre l’impact matériel de cette poupée sur le validisme : elle a réussi à perturber l’ordre validiste, même si cela a été porté par une multinationale.

Ces réactions sont encore plus violentes lorsqu’elles viennent de personnes autistes. Elles indiquent surtout que certaines cherchent à se distinguer de traits stigmatisés pour ne pas être considérées comme telles. C’est du validisme latéral, grave dans notre communauté, alors qu’il y a des combats plus importants à mener que de prioriser sa colère contre une poupée. 


Responsabiliser Mattel

La représentation ne peut pas changer le système économique, mais elle peut changer les imaginaires, et c’est un élément important pour lutter contre le validisme. Les jouets inclusifs permettent d’expliquer des besoins à d’autres personnes, de s’accepter et de désapprendre le validisme pour les personnes concernées. Invisibiliser les personnes handicapées renforce le validisme, et un jouet ne s’oppose pas à notre lutte. Évidemment, il faut aussi parler des conditions matérielles et des droits.

Que fait Mattel pour l’accessibilité et l’inclusion des personnes autistes dans son entreprise ?

Que fait Mattel pour lutter pour les droits des personnes autistes ? 

Est-ce que Mattel proposera à terme plus d’accessoires et de types de Barbies (genre, couleur) ? Il peut manquer, par exemple, des tableaux de lettres plutôt que des tablettes de pictogrammes, des casques de protection, des poupées personnes de soutien ou d’autres outils.

 Est-ce que Mattel reversera des profits à des associations autistes auto représentées  et ne fera pas seulement des dons à des structures spécialisées et psychiatriques ?


Contre la récupération des associations de parents et gestionnaires

Les associations gestionnaires et médiatisées sur l’autisme ont commencé à réagir. SOS Autisme a déclaré porter plainte contre Mattel pour discrimination, jugeant que la poupée véhiculait des stéréotypes. De plus, SOS Autisme ne semble pas avoir très bien compris ce qu’à la poupée, parlant d’un ordinateur alors qu’il s’agit d’un outil de communication. Par ailleurs, tous les accessoires comportent un explicatif écrit sur leur utilité et leur fonction, dans un objectif de sensibilisation. Il est intolérable que l’ensemble des médias aient relayé cette parole au lieu d’interroger directement les associations autistes auto-représentées françaises.

Le président d’AFG Autisme, une association gestionnaire d’établissements et de services, adopte un positionnement similaire et affirme que les enfants autistes ne savent pas ou ne peuvent pas jouer à la poupée de façon « classique ». Il dénonce des stéréotypes pour en véhiculer d’autres.

D’une part une association gestionnaire d’établissements et de services dont on dépend est en conflit d’intérêt et n’a pas à s’exprimer sur ce qui nous concerne. D’autre part, ces propos d’un autre âge sont faux, validistes et discriminatoires. De plus, même si certaines personnes n’étaient pas capables de s’y identifier, cela ne justifierait pas de ne pas leur donner accès à cette poupée : la participation sociale n’a pas à être liée aux capacités supposées. Un enfant aveugle ne peut pas non plus voir les poupées et a pourtant besoin d’être représenté. Un fauteuil roulant ne représente pas tout le vécu d’une personne en fauteuil, et aucun outil d’autonomie ne permet d’expliquer entièrement le handicap : ce n’est pas son but. 

Cette poupée s’adresse aussi à l’ensemble des enfants afin de mieux comprendre les personnes autistes et de les accepter dans la vie quotidienne. SOS Autisme a également confisqué notre parole en voulant se positionner contre la poupée au nom d’un universalisme validiste très malvenu. La réponse au validisme ne peut pas être l’invisibilisation et le refus d’afficher les différences. C’est bien l’identité autiste qui compte plus que les accessoires.

Nous soutenons la pétition qui vient d’être lancée pour demander à SOS Autisme de retirer ses plaintes. Soutien à cette poupée Barbie Autiste et d’autres à venir,  Rien pour nous sans nous ! 

Signez la pétition !

Article France 24

Article TF1

Muppet autiste dans Sesame Street (Julia)

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