Nous avons pris la décision de retirer notre participation à cette journée d’études ayant lieu le mercredi 17 juin 2026. Cette décision n’est ni un malentendu ni un désaccord secondaire. Elle relève d’un désaccord politique de fond sur la manière dont sont pensées la participation des personnes handicapées, l’accessibilité et les luttes antivalidistes actuelles.
Notre questionnement initial portait sur la présence de l’IME Maison Perce-Neige Alternance au sein d’un événement se revendiquant de l’antivalidisme, de l’accessibilité et de la critique anticapitaliste. Nous tenons à être clairs : notre critique n’a jamais visé les jeunes accueillis dans cet établissement. Elle concerne leur représentation par une institution spécialisée et la légitimation de structures dont l’existence même repose sur la ségrégation des personnes handicapées.
L’antivalidisme ne consiste pas à rendre les institutions plus visibles ou plus sympathiques. Il implique de remettre en cause les logiques d’institutionnalisation, d’enfermement et de mise à l’écart des personnes handicapées.
Comme le rappelait Catalina Devandas Aguilar, ancienne rapporteuse spéciale des Nations unies sur les droits des personnes handicapées, il n’existe pas de « bons établissements », car ces structures imposent toujours un mode de vie déterminé et limitent l’accès à une vie autonome et pleinement égale à celle des autres.
De la même manière, lea militant-e Mel Baggs soulignait que les violences institutionnelles ne sont pas de simples dérives individuelles mais découlent d’un cadre institutionnel et totalisant. Au-delà des violences documentées dans certains établissements, ce qui est en jeu est la perte d’autonomie, la restriction de l’autodétermination et l’atteinte à l’individualité des personnes concernées.
Suite aux échanges, il a été décidé d’aborder les questions du consentement et de l’institutionnalisation lors du plateau. Nous prenons acte de cette évolution. Cependant, cela ne répond pas au problème politique de fond.
La communication de l’événement continue d’invisibiliser les désaccords soulevés. Les participant·es sont réduits à leurs prénoms dans une mise en scène présentée comme horizontale et décontractée. Pourtant, les différences de position demeurent. Les personnes venant de l’IME sont toujours présentées collectivement à travers leur appartenance institutionnelle. Elles arrivent comme groupe associé à un établissement. À l’inverse, les autres intervenant·es sont identifié·es par leur expertise, leurs centres d’intérêt ou les sujets qu’ils et elles portent. Leur individualité est reconnue ; celle des personnes institutionnalisées demeure subordonnée au cadre qui les accueille.
C’est précisément pour cette raison que nous parlons de tokenisme. La présence de personnes handicapées ne suffit pas à garantir leur participation effective. Lorsque leur visibilité est organisée à travers le prisme d’une institution qui parle à leur place, qui définit les conditions de leur présence et dont elles n’ont pas choisi de dépendre, il ne s’agit pas d’émancipation.
Nous posons donc plusieurs questions qui demeurent sans réponse :
- Cette visibilité bénéficie-t-elle aux personnes concernées ou aux institutions qui les encadrent ?
- Auprès de quel public cette visibilité est-elle recherchée ?
- Quel impact politique concret est attendu ?
Pour nous, la participation des personnes institutionnalisées est une question complexe qui mérite une réflexion collective approfondie avec les premiers concernés. Mais cette réflexion ne peut pas commencer par la légitimation des structures qui organisent leur ségrégation.
Depuis des décennies, les associations gestionnaires reprennent certains codes, certains langages et parfois certaines pratiques issues des mouvements militants. Leur présence dans les espaces critiques n’est pas neutre. C’est une stratégie ancienne de légitimation. La lutte contre ces structures ne peut pas se mener à travers leur intégration comme partenaires légitimes d’un évènement public.
Nous refusons de parler d’antivalidisme ou d’anticapitalisme tout en contribuant, même indirectement, à normaliser les acteurs de l’enfermement des personnes handicapées sous une vitrine culturelle, progressiste ou « cool ».
C’est pour cette raison que nous avons choisi de nous retirer de cette journée d’études.
CLE Autistes Ile-de-France.
