De la modification du comportement aux électrochocs, l’ABA comme système, partie 2

Suite de l’article traduit du blogueur Michael Ryan Hunsaker, Ph.D par les bénévoles du collectif : Le soutien de ABA aux électrochocs est indéfendable, partie 1.

Une fille autiste avec un tee shirt rose tape la main d’un thérapeute souriant dans une salle de jeux cosy. Il s’agit du Discrete Trial Training (éducation structurée) qui est une technique standard de ABA impliquant un accompagnement one-to-one. Chaque étape d’apprentissage commence avec une instruction claire et courte ou une question du type « fait ça » « qu’est ce que c’est? ».
L’élève a l’opportunité de répondre après un temps d’instruction donné. Si la réponse est correcte, il est renforcé positivement (encouragement). Si la réponse est incorrecte, il y a une procédure de correction pour performer la bonne réponse. Source

Je ne dis pas que tous les praticiens ABA utilisent des méthodes violentes sur les enfants, mais ce n’est pas non plus rare. Il n’est pas difficile de voir comment les petites violences de ABA standard peut évoluer vers des abus et violences plus importantes: 

Une mère a posté la vidéo ci-dessous pour montrer la qualité de la thérapie et du praticien ABA envers sa fille, autiste dite sévère.

TW violences éducatives, crise

Ce qui rend la vidéo ci-dessus déchirante est que le thérapeute, en utilisant l’apprentissage par essais distincts (Discrete Trial Training DTT) provoque et tourmente la fille avec une récompense qu’elle ne peut obtenir. Elle ne peut pas le faire, alors elle essaie de s’échapper, mais le thérapeute la ramène. Plus tard, le thérapeute dis à la fille, “on ne peut pas te laisser gagner” C’est une blague?! L’enfant pleure, n’en est clairement pas capable, alors on la maîtrise physiquement. Elle s’effondre. On lui dit qu’il faut “juste essayer” alors que le thérapeute ne fait pas attention à des efforts de communication. C’est du harcèlement, c’est une violence, c’est injuste, c’est impossible de le justifier. Point.

Le conditionnement opérant à l’œuvre dans la méthode ABA standard

L’apprentissage par essais distincts, dans sa forme juste, n’est pas une méthode basée sur la conformité. Il n’est pas “je te montre une récompense et tu fais ce que je te dis pour l’avoir.” L’apprentissage par essais distincts est basé sur des expériences de conditionnement opérant.

Dans ces expériences, les animaux ou les personnes sont récompensés pour avoir réussi à mimer un comportement cible. Si je veux qu’un bébé vienne jusqu’à moi, je commence par récompenser un simple regard. Ensuite, dès la prochaine opportunité, je récompense l’initiation d’un mouvement vers moi. Puis, je récompense pour arriver ¼ de la distance, ½ de la distance, ¾ de la distance etc… Ca s’appelle du façonnement (shaping). On commence avec beaucoup de soutien (récompense pour la moindre indication de conformité) et on récompense de moins en moins quand l’enfant maîtrise petit à petit la tâche.

En fait, dans la vidéo, le thérapeute échoue et n’utilise pas l’apprentissage par essais distincts d’une manière adéquate. L’objectif du scénario est de façonner l’enfant pour qu’elle parle pour avoir la récompense. Or, on ne voit pas de façonnage dans la vidéo. L’enfant tente d’utiliser plusieurs stratégies pour signaler qu’elle veut la récompense. Elle essaie de faire les bruits oraux nécessaire pour recevoir la récompense. Le praticien ignore complètement ces efforts en quête de l’objectif (que la fillette dise “maman” pour recevoir un bonbon). Au final, il y a eu un énoncé qui aurait pu être compris comme “maman” et la fille reçoit la récompense. Mais, de mes expériences, la fille retiendra la bataille pour y arriver et à tel point c’était aversif beaucoup plus qu’un petit bonbon. La lutte ne valait pas la peine car la petite n’apprend pas.

Patience et pratique respectueuse

Alors, moi, j’aurais fait ainsi: C’est clair que la fille n’est pas oralisante et a des moyens de communication oraux rudimentaires. J’aurais commencé par récompenser beaucoup pour tout énoncé fait par l’enfant. Puis de récompenser tout écho du son “mmmmmmm”. Puis récompenser tout “mmmmm” spontané de la part de la fille. Une fois “mmmm” maîtriser à plus de 80%, je commencerais à la récompenser pour des échos de “ma” puis “mama”. Ceci prend du temps (peut être des mois voire des années.) Toute façonnage prend du temps, de la patience, de l’amour, de la cohérence. Mais c’est ainsi qu’on apprend, à travers des efforts répétés et encouragés de manière positive. L’apprentissage par essais distincts a juste formalisé le processus dans les interventions.

Très important, à 1 minute dans la vidéo, la petite essaie de terminer la leçon en s’éloignant. Je l’aurais laissé faire. Après une petite pause, j’aurais recommencé avec une récompense et l’initiation d’un nouvel essai distinct. Mais je me concentrerais sur des tâches qui sont faisables pour l’enfant. En regardant cette vidéo, je ne suis pas convaincu que la petite aurait été capable de dire “mama” malgré son désir de le faire.


Autrement dit (citation du Unstrange Mind blog), voici une autre interprétation de la leçon de la vidéo:

Le praticien montre le bonbon à la fille, puis l’a retenu tout en faisant des bruits confus et laissant Isabella déchiffrer ce qui se passait, ce que l’on attendait d’elle, et pourquoi elle pouvait voir sans obtenir le bonbon. Si je mettais un bonbon devant un enfant mais refusais de lui donner et le faisait pleurer de frustration, tu m’appellerais un tyran et me dirais que je tourmente l’enfant, que je devrais arrêter de la faire pleurer et lui donner le bonbon, non? Mais comme elle est autiste, Isabella, certains professionnels trouvent que ce n’est pas cruel; c’est thérapeutique.

Il y a tant de choses importantes à dire sur cette vidéo courte d’une session thérapeutique. Quelque chose de très importante c’est que ça ne suit pas les principes d’acquisition de langage. Ce qui se passe s’apparente plus au dressage animal pour leur montrer à faire des tours. Quand j’étais pré-ado, j’ai appris à mon caniche comment donner la patte. Il n’a jamais compris ce que donner la patte est pour un humain (se serrer la main) — tout ce qu’il savait c’était que ça me rendait heureux si je tendais la main et il y mettait sa patte. Et il aimait me rendre heureux, alors il a appris à “donner la patte” rapidement et le faisait à chaque fois que je lui tendais la main. Et je n’ai jamais utilisé des friandise pour lui apprendre, juste les caresses. Et je ne l’ai jamais fait pleurer de confusion ou se sentir en détresse.

Alors, je ne veux pas comparer un autiste à un chien. Ce serait humiliant. Mais regarde cette intervention thérapeutique et dis-moi qu’Isabella n’est pas en cours de dressage pour apprendre à répéter un comportement qu’elle ne comprend pas plus qu’un chien comprend pourquoi on se serre la main.

En fait, Isabella est traitée bien pire qu’un chien, parce qu’elle est en détresse pendant qu’elle essaie d’avoir le bonbon et ne comprend pas pourquoi on la tourmente avec le bonbon. C’est exactement ce façonnage par apprentissage par essais distincts qu’on voit quand quelqu’un dresse des animaux de cirque. Cette méthode présuppose que le sujet dressé est incapable de comprendre quoi qu’il soit et doit être tyrannisé, harcelé, et tenté jusqu’à ce qu’il fasse le comportement (ou le bruit) puis on applique le conditionnement opérant pour renforcer la réponse désirée. Ce n’est pas de la thérapie, c’est du dressage de singe et, toutes mes excuses aux parents d’Isabella, mais c’est douloureux même de regarder. Ce n’est pas une thérapie qui respecte l’humanité d’Isabella, ce n’est pas une thérapie qui répond à ses besoins.

février 16, 2020

Étiquettes : , ,