Le soutien aux électrochocs par ABA est indéfendable, partie 1

Traduction de l‘article original de Michael Ryan Hunsaker, Ph.D partie 1. De son blog Why Haven’t They Done That Yet?. Mentions de torture, de validisme, de violences éducatives et d’électrochocs.

Parenthèse personnel

J’ai lu un article en ligne récemment qui m’a fait sentir une montée d’émotions. Depuis que j’ai arrêté d’être un “chercheur scientifique” (est-ce que je l’ai réellement arrêté?) on m’a dit que je devrais me faire diplômé en tant qu’Analyste Comportemental BCBA afin d’attendre tout mon potentiel en travaillant avec des élèves autistes en cours. Cette idée m’a toujours mis très mal à l’aise, parce que ça semblait être encore un obstacle arbitraire à franchir. Ce billet expliquera pourquoi je ne pense pas que ABA (Applied Behaviour Analysis) est une thérapie appropriée et pourquoi, avec les dernières informations, je refuse de m’y impliquer.

Déjà, je déclare que je n’ai aucun problème particulier avec ABA  en tant que concept. Un certain nombre des méthodes utilisées par ABA sont des choses que je soutiens pleinement et que j’utilise même dans ma classe, particulièrement l’apprentissage par essais discrets, le PRT et le renforcement différentiel. Or, je conteste l’accent mis sur les conséquences déplaisantes (punitions positives et l’utilisation des punitions aversives). Je conteste surtout la mise en oeuvre d’ABA.

TL/DR (trop long à lire)

  • J’ai une objection de conscience de faire partie de tout organisme qui tolère l’abus actif des enfants, qu’ils soient autistes ou non: que ce soit à travers les électrochocs, le conditionnement à la peur, la privation de nourriture, la contention excessive, ou le harcèlement moral. Je n’accepterai jamais un tel comportement volontairement, et je travaillerai sans cesse pour arrêter ce genre d’abus quand je les encontre.
  • Ce que je ferai est de traiter les enfants autistes avec respect et de les aider à se développer comme personnes et citoyens. Je les aiderai à s’épanouir et à réaliser leur plein potentiel. Et je le ferai d’une manière qui me laisse la conscience tranquille.

Attention: Ce post parlera d’une variété de sujets déplaisants en ce qui concerne le traitement non-déontologique des personnes autistes. Les liens et vidéos attachés sont troublant voire choquants.


Description de l’image : couloir du Judge Rotenberg Center in Canton, Massachusetts. Les murs sont roses et colorées avec des personnages fantastiques,. Un résident blanc est assis accroupi dans le couloir. Photographe: Rick Friedman/The Guardian en 2010

Les survivants du Judge Rotenberg Center du Massachusetts

J’ai lu ce rapport d’un autoproclamé “évadé” du Centre Judge Rotenberg (JRC) sur le blog Reward and Consent. Cela m’a troublé parce que j’ai découvert dans un autre article de la même source et j’ai confirmé moi-même que ABA International (la société internationale des professionnels ABA) approuve des méthode utilisées au JRC en les laissant sponsoriser leur conférence annuelle disant que le traitement était aligné avec la mission de ABA International. Remarquez que, jusqu’à aujourd’hui, le BACB (Conseil de Certification des Analystes Comportementaux) ferme les yeux sur les abus et conserve de manière explicite des dispositions dans leur code d’éthique qui permettent ces punitions draconiennes du moment que les parents ont donné leur consentement.

Pour tout ceux qui ne l’auront pas vu, voici un exemple du traitement fait aux autistes “éduqués” au JRC. C’est l’exemple d’un jeune homme qui reçoit des électrochocs 31 fois pour ne pas avoir enlevé son manteau quand on lui demande. Attention, vidéo explicite. TW torture et electrochocs.

Beaucoup parmi vous verront ça et vous vous demanderez qu’est-ce qui ce passe et pourquoi. Simplement dit, un garçon est puni pour la désobéissance. Il n’a pas fait ce qui a été demandé, quand ça a été demandé. Il n’a pas respecté la consigne. Afin d’assurer le respect des consignes dans l’avenir, il a été électrocuté 31 fois.


Mon interprétation vient de mes recherches. Tôt dans ma carrière je travaillais avec des rats et j’avais besoin d’étudier la partie du cerveau associée à la réponse à la peur (l’amygdale). Pour l’étudier, j’ai mis des rats dans une cage avec un fond en grillage métallique. J’ai passé un bip sonore et leur ai fait une minuscule électrochoc (¼ milliAmpere). Les rats ont crié, sauté et attaqué la cage. Ils étaient terrifiés. Ils m’ont attaqué dès que je les ai sorti de la cage. Je me sentais un gros connard. J’avais l’impression de les avoir maltraités, parce que c’était le cas. On appelle cet exercice le conditionnement par la peur.

Le conditionnement par la peur

Le conditionnement par la peur est un outil puissant, mais avec des failles critiques.

1) L’apprentissage par la peur est rapide, mais n’est pas durable.

La peur conditionné s’éteint rapidement sauf si la stimulation aversive est réintroduite. Si j’associe un tone et un électrochoc 20-30 fois, le tone seul évoquera la peur désiré pour quelques minutes seulement. Je peux réduire les électrochocs donner pour évoquer la même réponse, mais même ainsi, l’effet sera moins efficace.

2) Dans la longueur, pour avoir le même effet qu’au début, il faudrait intensifier le courant de l’appareil.

L’analgésique naturel et l’endurance des rats compensent cette nouvelle réalité (que les électrochocs fassent partie de leur vie maintenant), alors je dois être plus brutal dans mes méthodes.

Et 3) je dois faire des électrochocs à un animal.

C’est un harcèlement, c’est de la torture, c’est injuste. C’est méchant. J’ai dépassé rapidement ces questions le plus vite que possible et je ne suis plus retourné vers le conditionnement par la peur depuis ce temps.

Le problème de la thérapie par aversion

Quand on applique tout ça à des humains, on l’appelle la thérapie par aversion. Les mêmes limitations sont présentes. Nous devons toujours intensifier pour avoir un même effet. Ça veut dire que non seulement l’électrochoc n’est pas éthique (selon moi), il ne marchent pas (selon la science). Les praticiens qui l’utilisent sentent un certain niveau de contrôle, mais les comportements ne changeront pas. Le changement s’éteindra sauf si le choc est réappliqué régulièrement. Et oui, ça veut dire qu’il faut CHERCHER des prétextes pour faire des électrochocs sur la personne pour garder la peur. Oh oui, et il doit être noté qu’une fois que la personne autiste n’est plus dans la situation ou environnement ou la situation de punition leur arrivent, leur comportement redeviendra “normal”, parce que la thérapie par aversion (comme le conditionnement par la peur chez les animaux) ne mène pas à un apprentissage généralisé ou une vraie modification du comportement durable.


Faire peur pour provoquer des cris et s’améliorer dans son autisme

Tout ça m’amènent sur mon prochain point avec le JRC et leur interprétation d’un concept de ABA appelé Behavioral Rehearsal Lessons (BRL – Leçons de répétitions comportementales). Les rapports des individus qui ont vécu dans le JRC disent qu’on leur faisait peur pour provoquer des hurlements, des réactions de défense, etc. Certaines des méthodes pour provoquer les cris comprenaient la contention des autistes et des menaces à la pointe de couteaux, menaces de blessure physique /mort jusqu’à ce qu’ils hurlent – et à ce point ils ont été punis d’avoir utilisé leur comportement cible (e.g. cris, se défendre physiquement, etc).

Évidemment, ce serait traumatisant pour n’importe qui. Mais il est considéré comme une approche thérapeutique légitime par le JRC pour aider ces autistes “à s’améliorer”. Comme je citerais plus bas, parfois la cruauté est justifiée par les praticiens parce que leur victime est autiste, et donc on l’appelle thérapie.


La récompense et l’économie de jetons

Mon dernier point dans cette partie est important, mais s’effacera derrière ce que j’ai écrit ci-dessus. Il y a déjà eu des “fuites” de données du JRC qui suggèrent qu’ils utilisent d’autres systèmes de punition importants. Mais avant d’en parler, je dois définir “économie de jetons”.

Une économie de jetons est un système dans lequel on gagne des jetons ou points à appliquer à une récompense prédéfinie pour un comportement positifs. Quand mis en oeuvre correctement (et fait comme ABA le défini), ces jetons ou bon points peuvent être engrangés, mais jamais perdu. C’est un système purement positif. La seule punition dans une économie de jetons est ne pas recevoir de jeton. Alors la motivation première est la quête d’une récompense (ou l’accumulation de jetons pour pouvoir atteindre un objectif désiré)

Un système de harcèlement institutionnalisé

Le système d’économie de jetons utilisé au JRC semble être un système de points, mais ils l’ont corrompu et l’ont mal mis en oeuvre. Ils ont le droit d’imposer des “amendes” (enlever un nombre de points arbitraire) et ils ont aussi un système de perte totale de privilèges (Loss of privilege / LOP) (enlever tous les points qu’un patient a accumulé). Cela suggère qu’ils ont les points seulement pour avoir quelque chose à enlever plus tard. C’est un comportement de harcèlement, car c’est une provocation et une manipulation. Imaginez le scénario : tu travail dur à un boulot qui te payent pour chaque bonne chose que tu fais. En revanche, ton patron et ses collègues ont le droit de te dire que tu as enfreint une règle et qu’ils vont te coller une amende. Si c’est une infraction très importante, ils peuvent enlever tout l’argent que tu économisais et ils vont te faire travailler sans paie jusqu’à ce que tu aura de nouveau le droit de gagner de l’argent. C’est juste ça? C’est exactement ce que le JRC fait.


Un système punitif codifié contre le stimming et l’autisme

Attaché ci-dessous sont des images de documents du JRC. Le système punitif est évident. On peut aussi noter “Lose all Points” (perte totale de points). GED-4  figure sur plusieurs de ces documents. GED-4 est un électrochoc. Alors, non seulement ces autistes subissent une perte totale de points pour des comportements que le JRC voit comme “mal”, mais ils subissent aussi un électrochoc. Oui, é-l-e-c-t-r-o-c-u-t-é.e.s!

Il y a aussi des codes pour domination physique après les codes GED-4. Je peux vous dire en tant que prof, que la plupart des offenses “électrocutables” sont scandaleux. C’est du n’importe quoi que les stéréotypies (tel le flapping), des mouvements tic, toucher le téléphone, refus de répondre au personnel en moins de 5 secondes valent non-seulement la perte totale de points, mais aussi un électrochoc!

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Photos montrant les grilles d’évaluation de chaque type de comportement et de la récompense ou punition associée.

Voici un exemple d’un programme de restriction alimentaire pour une ancienne patiente du JRC. La restriction était vu comme nécessaire pour améliorer la conformité de la patiente.

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Photo d’un Programme alimentaire : on décide pour une personne autiste l’horaire des repas et la portion qu’elle doit manger à sa place. L’équipe décide de quand elle doit sortir. Elle a sa portion en fonction des objectifs qu’on lui prône.

L’ABA international et le BACB (l’organisme de certification de ABA) ferment les yeux

Ces méthodes sont des violences. De plus, ce n’est pas ABA. L’ABAI et BACB ne devront pas fermer les yeux sur ces pratiques, mais ils le font. Je note ici que si les parents d’enfants autistes employaient ces pratiques, je serais obligé en tant que praticien de les signaler aux autorités pour la protection de l’enfance.

Sources images Ici.

Le Massachusetts a une longue histoire d’eugénisme sur les personnes handicapées mentales dans lesquelles les thérapies d’aversion et les électrochocs s’inscrivent.

février 9, 2020

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