Fenêtre d’Overton sur les auticides

Le meurtre de personnes handicapées excusé à la TV publique et dans la presse

Le 28 octobre dernier, en deuxième partie de soirée sur France 2, le documentaire Un pour un a été diffusé dans l’émission Infrarouges, accompagné d’un débat.

Tw mentions de filicide et de propos validistes violents.

Description de l’image : l’humoriste Albert Algoud en pull blanc et écharpe bleue à gauche d’une mère d’enfant autiste. Dans le documentaire InfraRouge de France 2, il affirme que les parents ont « des pulsions meurtrières, t’as envie de le tuer[ton fils autiste] faut le dire »

Au cours de ce débat, l’ « humoriste » Albert Algoud, père d’un enfant autiste, a déclaré :

« la violence appelle la violence, et des pulsions meurtrières. […] Au printemps dernier, il y a un père de 71 ans, il a tué son fils de 41 ans… parce que lui il n’avait plus la force, je pense que sa femme était morte ou un divorce, il était seul avec ce gosse, il a tué son gosse. Allons lui jeter la pierre à cet homme ».

Albert Algoud, Humoriste sur France Inter

Choquant ?

Nous avons attendu une réaction, politique ou médiatique, deux mois durant. La seule à notre connaissance aura été la vidéo d’Angie Breshka (voir ici, à partir de 30 min ; attention, séquence verbalement très violente)

Si l’homme de 41 ans en questions avait été « valide », illico, le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) serait submergé d’appels pour dénoncer cette séquence.

Mais voilà, cet homme victime d’un meurtre est handicapé : Autiste. Les meurtres de personnes handicapées (filicides) sont désormais relativisés dans les médias occidentaux, quand bien même aux yeux de la loi, le handicap de la victime constitue théoriquement une circonstance aggravante, et non un motif d’acquittement. Au point que toute la compassion médiatique et publique aille vers… les coupables d’infanticides, ceux qui ont exprimé leurs « pulsions meurtrières », et non vers les victimes !

Durant cette séquence, aucun des invités ne rappelle qu’un meurtre constitue le pire des crimes, et que la seule réponse à apporter à ce père et à son fils aurait été de combattre pour le soutien dont cet homme autiste de 41 ans a besoin dans ses gestes du quotidien.

    Comment en est-on arrivés là ?

    D’années en années, insidieusement, l’idée indéfendable selon laquelle le meurtre d’une personne handicapée serait une « solution charitable » fait son chemin dans les médias. On se souvient de l’affaire Anne Ratier, qui en février dernier, avouait sans remords avoir assassiné son fils Frédéric polyhandicapé en le laissant agoniser trois jours sans nourriture, et récoltait en échange de ce monstrueux aveux publicité pour son livre, tonnes de compassion, ce à la place de l’unique vraie victime de sa pulsion meurtrière préméditée… Elle militait alors pour que son meurtre soit requalifié en « euthanasie ».

La fenêtre d’Overton, c’est à dire « l’ensemble des idées, opinions ou pratiques considérées comme acceptables dans l’opinion publique d’une société », est désormais ouverte sur le meurtre des personnes autistes. Cela fait peser, au sens premier, un risque vital sur chaque personne autiste de ce pays.

        Comment s’étonner que des sommes colossales soient dépensées en faveur de la recherche d’un test de « dépistage prénatal de l’autisme », que des auticides (interruption médicale de grossesse pour cause de suspicion d’autisme) soient proposées en toute discrétion avec l’indifférence des CAMPS à l’hôpital américain de Neuilly, que des personnalités politiques justifient des pratiques condamnées par la HAS au motif d’une « souffrance » de l’autiste, et que des lobbyistes professent que l’autisme ferait « souffrir 700 000 personnes qui le savent bien » ) ?

L’opinion publique est submergée par l’idée (caricaturale et validiste) qu’à moins d’être un génie « Asperger » médiatique capable d’extraire une racine carré en une demi-seconde, une personne autiste souffrirait en permanence d’être ce qu’elle est, et aurait préféré ne jamais venir au monde.

Nombre d’autistes, parlant ou non-parlant, et bien au-delà de notre mouvement associatif, combattent pourtant cette dangereuse idée depuis des années (voir par exemple le texte de Tempête : Nous voulons vivre )

Il serait temps de les écouter.

Note : 

Le terme auticide est choisi spécifiquement pour l’autisme afin de ne pas parler pour tous les handicaps. Les meurtres d’enfants handicapés par leurs parents, leurs proches ou leurs soignants se nomment des filicides. Aux Etats-Unis, les filicides sont rappelés chaque année lors du Disability Day of Mourning le 18 mars. Avec d’autres organisations de personnes handicapées, l’Autistic Self Advocacy Network a popularisé ce terme et organise de nombreuses veillées ce jour chaque année via son kit anti-filicides : https://autisticadvocacy.org/projects/community/mourning/anti-filicide/ 

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janvier 7, 2020

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