Autisme Europe : un congrès mitigé

Sur la place Garibaldi, l’image montre le stand de CLE Autistes qui est constitué d’une table noir, de tracts, cartes de visite et de nos logos. Quatre personnes assurent le stand pour une visite de dizaines de personne par heure.

Le 12e congrès international d’Autisme Europe s’achève, sur une note douce-amère pour nous autres militants. Certes, des interventions furent consacrées à la neurodiversité et l’autodétermination. Certes, Jan Tossebro a présenté l’excellent modèle norvégien de désinstitutionalisation, mis en œuvre avec succès depuis 25 ans. Certes, Sarah Cassidy a largement souligné l’apport des personnes autistes, et défendu notre droit à une vie épanouie, durant son étude sur les taux de suicide. Certes, Adeline Lacroix a brillamment soutenu la recherche participative. Certes, l’ensemble était estampillé « inclusion ».

Mais, sans le moindre effort d’accessibilité vers les premiers concernés, et dans une bonne ambiance générale de pathologisation !

Autisme France, lanterne rouge de l’accessibilité

            Ce congrès d’Autisme Europe (association des organisations européennes de parents d’autistes, moderne et ouverte, dynamique, utilisant des modes de communication à jour) était organisé par Autisme France. Les militants anglais ont largement souligné le manque d’accessibilité de l’ensemble aux personnes autistes, notamment sur Twitter. Penser l’accessibilité, ce n’est pas uniquement prévoir un lieu de repos ou une « salle calme » : il aurait suffi d’un peu de travail en amont avec les premiers concernés pour s’en rendre compte. C’est aussi, par exemple, limiter le bruit et les lumières inutiles. Merci à nos amis anglais qui, à force de protestations, ont obtenu l’usage du flappause le samedi.

Preuve de ce manque d’accessibilité, tous les autistes à qui nous avons posé la question ont souligné ce problème, et témoigné être revenus épuisés après les trois jours de congrès.

Des conférences pathologisantes

Le modèle médical de l’autisme, avec ses références biologiques, sert toujours de référentiel à la plupart des interventions, à niveau de scientificité très inégal. L’intitulé thématique de ce 12e congrès d’Autisme Europe est mensonger : la majorité des interventions n’étaient pas consacrées à l’inclusion ni à notre auto-détermination, mais bien à la recherche des causes biologiques et génétique de l’autisme, avec quelques moments de lourde pathologisation.

Une place fut toute trouvée pour Jean Decety, conférencier doué et bourré d’humour, venu nous parler des « fondements biologiques de la morale ». Rien à voir avec l’autisme, à priori ? Subtilement, si. Son intervention débute par un « rappel » : l’hyper-sociabilisation de l’espèce humaine serait la clé de son succès évolutif. Sachant que l’absence de motivation sociale est l’un des critères fondamentaux de définition de l’autisme, monsieur Decety vient tout simplement de dire, devant 2 000 personnes, que les personnes autistes auraient théoriquement dû depuis longtemps disparaître, grâce à la sélection naturelle !

Son intervention, relevant du champ de l’« evopsy »*, n’a aucune réelle valeur scientifique. Les organisateurs peuvent toujours se gargariser d’éviter la présence de psychanalystes pseudoscientifiques, nombre de leurs conférences relèvent… de pseudosciences. Les TSA existent vraisemblablement depuis 160 000 ans (Spikins et al. 2016), démontrant possiblement par là un succès évolutif de la variation « autisme », prise au sens large, ou du moins un impact évolutif neutre des traits autistiques.

Les autistes pot-de-fleur, ou vendus au modèle médical

La présence des personnes autistes est restée au stade du tokenisme, de la marge, ou bien pour appuyer le modèle médical dominant. Il ne suffit pas de donner la parole au compte-goutte lors de « témoignages » approuvés pour se prétendre inclusifs. Dix minutes de parole furent accordées à un homme autiste, qui dit ne jamais vouloir d’enfants pour éviter le « risque » de mettre des autistes au monde. Charmant.

Saluons au passage (ironie) son insistance à entretenir une distinction artificielle entre « autiste Asperger » et « autiste sévère », alors que cette distinction n’existe plus dans les classifications internationales. L’on en regrette d’autant plus l’absence (remarquée) de Josef Schovanec, qui en plus de refuser, à juste raison, de se qualifier d’« Asperger », salue presque toujours au terme de ses prises de parole la naissance d’un enfant autiste à venir comme une bénédiction.

Considérer l’autisme comme une malédiction ou un fléau, entretenir une dichotomie artificielle « autistes-sévères-fléau » versus « Asperger », semble la condition sine qua non pour être autorisé à s’exprimer par Autisme France. Cette idée est-elle en accord avec la position d’Autisme Europe ? Les habiles contorsions de Danièle Langloys afin d’éviter toute prise de position claire sur la question, pourtant cruciale, du dépistage prénatal de l’autisme, et par là du risque d’extermination des autistes à venir, n’échapperont à personne.

Adouber la prise de parole de ces « Aspie shiny » (ou suprémacisme aspie) est un peu comme si, durant une conférence consacrée aux pays d’Afrique, et en présence de nombreux autres Africains, un homme issu d’un riche pays d’Afrique disait ne surtout pas vouloir d’un enfant d’origine africaine.

Il sera toujours temps d’organiser des conférences à propos d’« inclusion » quand 90 % d’autistes ne naîtront plus, grâce à ce type de discours public inadmissible ! Pendant que l’on voit brandit le mot « inclusion » cuisiné à toutes les sauces, pendant que l’on se fait voler et détourner le symbole de la neurodiversité pour tenter de nous fourguer des « solutions thérapeutiques », Philippe Berta, nommé rapporteur de la loi de bioéthique, multiplie les interventions politiques et médiatiques pour ouvrir toutes grandes les vannes vers le dépistage prénatal et périnatal des délétions chromosomiques associées, entre autres, à l’autisme…

Notre action

Nous avons tenu un stand deux jours durant, rencontré des chercheurs, de nombreux autistes d’autre pays, et effectué un tractage.

Stand de CLE Autistes constitué d’une table noire, et des tracts et logos posés dessus avec un peu de goûter.
  • Voir : Spikins P. ; Wright B. et Hodgson D. ;  « Are there alternative adaptive strategies to human pro-sociality ? The role of collaborative morality in the emergence of personality variation and autistic traits », Time and Mind, 9(4), 2016
Tract d’Autisme Europe.

Comment être adoubés « caution autiste » par Autisme France ?

L’éviction des personnes autistes soutenant la neurodiversité au profit d’Aspie shiny soutenant l’ABA et les ESAT, durant ce congrès, n’a rien d’étonnant : on se souvient tous de l’affaire #Mariangate, Danièle Langloys ayant clairement avoué « se servir » de personnes autistes en fonction de ses intérêts (opposition à la psychanalyse, soutien à la méthode ABA, maintien d’une distinction entre les autistes sévères à « corriger » ou à empêcher de naître (ceux que Giacomoni qualifiait de « glumeux ») et les « Asperger », sauvables à condition de les garder sous contrôle)…

Alors que Josef Schovanec concluait d’ordinaire tous les congrès annuels d’Autisme France (congrès annuel remplacé cette année par celui d’Autisme Europe), faut-il en conclure que ses propos ne sont plus en phase avec ce qu’attend la présidence d’Autisme France ?

La suite au prochain épisode…

*La psychologie évolutionniste est déconstruite dans Neoliberal Genetics : https://journals.openedition.org/lectures/6187

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septembre 18, 2019

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